Viscéralement Vôtre

Jason Edmiston est devenu, en l’espace de quelques années seulement, l’une des grandes figures artistiques de la scène pop culture et du Geek-Art. Après des débuts au service de la publicité et de l’édition, pour lesquels il livre ses premières commissions (son trait et ses couleurs sont déjà à l’époque impressionnants), il fait rapidement une percée dans le monde grandissant du poster, notamment grâce à Mondo, la fameuse galerie texane qui a vite misé sur son talent. Il s’impose aujourd’hui comme l’un des maîtres de la peinture fantastique. Que ce soit au pinceau ou au stylet, ses oeuvres dégagent une force inouïe, et son sens du cadrage et de la mise en scène font de chacune de ses pièces de véritables oeuvres d’art.

Fortement influencé dès son plus jeune âge par le cinéma fantastique et l’horreur, l’artiste canadien se fait une spécialité dans les monstres et les créatures en tout genre. On se souvient ainsi de sa première exposition pour Mondo, pour laquelle il créa des portraits absolument splendides des plus grandes figures maléfiques des films cultes de la pop culture. Outre ses nombreuses collaborations avec Mondo, Jason travaille également avec les marques de jouets NECA ou encore Super7, pour lesquelles il peint des packagings somptueux pour les figurines de Musclor, Skeletor, Jason Vorheese ou Freddy Krueger…

Jason Edmiston, c’est de l’art brut, sans détour, une maîtrise des couleurs exceptionnelles et un sens de la composition hallucinant. Un artiste avec un grand A, qui méritait amplement qu’un livre dédié à sa carrière lui soit consacré. C’est désormais chose faite grâce au nouveau label Cernunnos, qui a sorti il y a quelques semaines, en anglais, VISCERAL: The art of Jason Edmiston. Avec une couverture mettant en avant l’une de ses oeuvres les plus grandioses (le Texas Chainsaw Massacre créé pour Grey Matter Art, galerie en ligne britannique), ce livre retrace toute la carrière de Jason, de ses débuts dans la publicité jusqu’à ses plus récentes compositions. Un voyage passionnant, agrémenté de croquis, d’anecdotes, et de commentaires de l’artiste.

Un pavé de près de 300 pages, à couverture cartonné, disponible uniquement en anglais pour la somme de 40 euros. Un must absolu pour les fans de peinture et de fantastique, et qui ont envie d’en connaître un peu plus sur ce prodige Canadien.

J’en ai profité pour poser quelques questions à Jason, et vous proposer quelques photographies du livre, que je vous invite, bien évidemment, à vous procurer de toute urgence !


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Pic via screeninvasion

Geek-Art : Comment est venue l’idée de publier un livre complet sur votre travail ? Est-ce votre initiative ?
Jason Edmiston : Cela faisait un bon moment que j’avais envie de faire livre exhaustif sur ma carrière artistique. J’avais déjà publié de petits artbooks annuels par le passé mais il s’agissait de micro-productions, de petites introductions à peinture inspirée par la pop culture. Il y a deux ans environ, Rodolphe Lachat, l’éditeur de la maison d’édition française Huginn et Muninn, a commencé à mettre en place un nouveau label, Cernunnos, et était à la recherche de nouveaux « artistes pop culture » afin de leur dédier des livres. Ils avaient auparavant édité des livres sur Mark Ryden et Marion Peck, de très grands artistes contemporains, et ça m’a mis la puce à l’oreille. Rodolphe semblait sincèrement intéressé par mon travail, et par le mouvement actuel du Geek-Art, dont je fais partie, et nous nous sommes vite entendus. J’ai pensé qu’ensemble nous arriverions à monter un beau livre bien pensé sur ma carrière.
 
GKRT : Pourquoi maintenant, et pas plus tôt ? En quoi était-ce le « bon moment » pour vous ?
JE : Quand Rodolphe Lachat m’a contacté, nous avons commencé à travailler sur une idée globale de ce à quoi pourrait ressembler le livre, avec les pièces que j’avais terminées. Je dois avouer que j’ai un peu fait traîner les choses, et que nous avons mis beaucoup plus de temps que prévu initialement pour sélectionner les oeuvres qui feraient leur apparition dans le livre. Cela est dû en partie du fait que je croulais sous les commissions et les travaux en cours, et qu’une partie de moi savait que je n’étais pas encore prêt à faire un « portfolio définitif » de mon travail. Je savais que j’avais encore pas mal de grosses pièces sous le coude, et je voulais vraiment les avoir terminées à temps pour la sortie de mon premier « gros » livre. Une de ces pièces était ma sérigraphie des Hateful Eight pour Mondo, qui s’est avérée être un immense succès, et qui m’a permis de travailler de nouvelles techniques. Il fallait absolument que ce poster fasse partie du livre pour que ce dernier soit vraiment complet. En parallèle je travaillais sur ce à quoi allait ressembler le livre bien entendu, mais dès que j’ai eu un peu de temps devant moi je me suis plongé corps et âme dans son écriture, et pour le terminer à temps !
 
GKRT : Votre travail est incroyable, et l’idée d’intégrer dans le livre vos plus anciens travaux (notamment pour la publicité), afin de couvrir un large éventail de votre carrière est très intéressante. Qu’est-ce qui peut bien se passer dans son esprit quand on revient sur autant d’années de travail ?
 
JE : Je pense vraiment que mes premiers jobs dans la pub et dans l’éditorial m’ont entraîné à devenir l’artiste pop culture que je suis aujourd’hui. La plupart de mes contrats tournaient autour de la science-fiction ou de la fantasy, et je peignais des monstres, des super héros ou des posters de films comme des métaphores pour des produits marketing ou pour des sujets de magazines. Les deadlines étaient très serrées, et bien entendu les clients étaient malgré tout très exigeants… Ces années ont vraiment forgé mon travail d’aujourd’hui et font partie de moi, ce furent d’excellentes années d’entrainement. Quand j’ai quitté le monde « commercial » au profit de l’art pop culture, je me suis rendu compte que mon style était frais et original (et surtout mature) auprès des collectionneurs qui n’avaient (et pour cause) jamais vu mon travail auparavant. 
 
GKRT : Quelle est votre pièce favorite, et pour quelle raison ?
JE : Probablement la Mother of Dragons. J’adore Game of  Thrones, et c’était pour moi l’occasion de travailler sur mon personnage favori de la série en reprenant les codes de la Renaissance, un style qui m’a grandement influencé durant mes premières années. C’est aussi une oeuvre qui m’est chère car c’est ma femme qui a posé comme référence pour le corps de la Khaleesi !
 
GKRT : Préparer un tel livre, retraçant toutes ces années de carrière, doit faire ressurgir beaucoup de questions… Avez-vous des regrets ?
JE : J’aurais aimé apprendre à travailler sur tablette un peu plus tôt, cela m’aurait fait gagner beaucoup de temps sur certains aspect de mon travail. A part ça, je pense que la plupart des choses sont arrivées comme elles devaient arriver. J’aurais aimé percé sur la scène pop culture un peu plus tôt, mais elle n’existait pas vraiment à mes débuts, du moins telle qu’elle est aujourd’hui. Je suis simplement reconnaissant et heureux de faire un métier que j’aime.
 
GKRT : Quelle a été la rencontre la plus importante de votre carrière ?
JE : Probablement ma relation avec Mondo (la cultissime compagnie de posters et d’objets de collection inspirés par la pop culture établie à Austin, au Texas), qui m’a permis de faire découvrir mon travail auprès de très nombreux amateurs, et qui m’a permis de découvrir ce fantastique medium qu’est la sérigraphie. Leur direction artistique m’a énormément apportée, et ils m’ont permis de repousser mes limites artistiques beaucoup plus loin que ce que je croyais possible. Une carrière artistique, sur certains points, ressemble beaucoup à une réaction en chaîne déclenchée par des rencontres, car tout est basé non seulement sur l’expérience, mais aussi bien évidemment sur le réseau. Ma relation avec Mondo, par exemple, n’aurait pas pu se concrétiser si Ben Scrivens, de Fright Rags (une génialissime compagnie de t-shirt d’horreur qui compte énormément pour moi), ne m’avait pas présenté…
 
GKRT : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos futurs projets ?
JE : Je travaille actuellement sur de nouveaux packagings pour NECA toys, sur de nouvelles pièces sur les Maîtres de l’Univers pour Super 7, et pour quelques GROS projets pour Mondo. En plus de tout cela, j’exposerai pour la première fois de ma carrière à la Designer Con ce week-end en Californie. Beaucoup de mes amis artistes et toy designers seront présents également, ce sera une belle opportunité pour faire encore marcher mon réseau !
GKRT : Merci infiniment Jason !

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A propos de l'auteur

Thomas Olivri est le créateur de Geek-Art.net, et l'auteur de Geek-Art une Anthologie, chez Huginn & Muninn. Il est également curateur à la French Paper Gallery de Paris, et vient de signer son premier ouvrage d'auteur, Papa Geek à la Rescousse, toujours chez Huginn & Muninn. Thomas Olivri is the funder of Geek-Art.net. He also is the author of the Geek-Art Anthology Books, published by Huginn & Muninn in France and Chronicle Books in the USA. Curator at the French Paper Gallery, he also is the author of Papa Geek to the Rescue, from Huginn & Muninn.

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