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Frank Frazetta – Le Pape Du Fantasy Art

Frank Frazetta – Le Pape Du Fantasy Art

Définir un nouveau genre graphique

par Julien Djoubri

Par où commencer lorsque l’on veut s’attaquer à la présentation d’un artiste majeur comme Frank Frazetta ? Celui que l’on surnomme bien souvent le « Godfather » du Fantasy Art a en effet une vraie reconnaissance mondiale, aussi bien auprès des professionnels que du grand public. En témoigne notamment son intronisation aux Will Eisner Comic Book Hall of Fame, the Jack Kirby Hall of Fame, the The Society of Illustrators Hall of Fame, the Science Fiction Hall of Fame, et il a également reçu un prix spécial de Life Achievement Award de la part de la World Fantasy Convention. Excusez du peu. Et encore récemment, on a pu voir l’une de ses oeuvres cultes, « Egyptian Queen« , vendue pour la somme de $5.4 millions lors d’une vente aux enchères à Chicago en 2019.

Toutes ces informations nous confirment donc bien une chose : Frank Frazetta est une légende dans le monde de l’illustration et de l’art. Vouloir décrire toute son oeuvre et son impact culturel mériterait un livre entier. Je préfère ici vous proposer un condensé de son oeuvre, de sa carrière, et vous montrer comment son héritage résonne encore aujourd’hui.

Un début de carrière dans le monde des Comics

Frank Frazetta est né en 1928 et a grandit à New York. Très rapidement, dès l’âge de 8 ans, ses parents vont se rendre compte du talent naissant de leur fils. Ils vont alors décider de l’inscrire à la Brooklyn Academy of Fine Arts afin qu’il puisse continuer de s’épanouir dans son art, notamment sous la tutelle de Michele Falanga, qui deviendra son premier mentor. Ce dernier va également être époustouflé par le talent du garçon et va l’inciter à s’ouvrir l’esprit, à voyager afin de continuer de faire grandir son talent. Frank Frazetta n’aura pas cette occasion mais choisira plutôt de s’orienter vers le monde des comics dès ses 16 ans, en 1944.

Son premier poste ne sera pas des plus reluisants, consistant principalement à nettoyer des pinceaux, stylos et autres tâches dans le même genre. Mais cela lui permettra surtout d’être au contact de John Giunta, illustrateur alors plus âgé. C’est avec lui que Frank va pouvoir réaliser sa première oeuvre : Snowman. Cette histoire de 7 pages sera publiée dans Tally-Ho Comics. Clairement, cette histoire courte ne marquera pas les esprits, mais elle permit au jeune Frank d’être édité pour la première fois, à 15 ans. Il continuera ses corvées de nettoyage et ira faire de même chez Fiction House. Il profitera de tout son temps libre pour griffonner sur ses carnets, pour coucher sur papier toutes ses idées. Il sera rapidement licencier mais deviendra ami avec Graham Ingels, qui deviendra plus tard son éditeur chez EC Comics.

En 1946, alors freelance, il commencera à travailler de plus en plus régulièrement avec Standard Comics. Durant les trois années suivantes, il va principalement être illustrateur et encreur sur de nombreuses oeuvres humoristiques, prenant un vrai plaisir à dessiner et créer des animaux mignons et drôles. Son travail a commencé de plus en plus à se faire remarquer, à tel point que Walt Disney lui enverra une offre d’emploi. Le jeune Frank va préférer rester à New York, prenant vraiment plaisir à évoluer dans le monde des comics. Puis au début des années 1950, il va travaillé avec Al Williamson, sous l’égide de Graham Ingels sur des oeuvres plus adultes, notamment sur des Westerns.

La période de 1949 à 1952 a été la période où la carrière de Frazetta vraiment explosé en tant que dessinateur. Pendant cette période, Frazetta a travaillé pour un certain nombre de sociétés de comics différentes, à la fois seul et en collaboration avec ses amis Al Williamson et Roy Krenkel. Il a travaillé pour Avon, ACG, Magazine Enterprises, EC Comics, et DC Comics (alors connu sous le nom de National Periodical Publications). Pour DC, il a réalisé l’un des rares personnages qu’il ait jamais dessiné, The Shining Knight, qui est probablement le plus proche qu’il ait jamais fait d’une bande dessinée de super-héros. Il a également réalisé une seule histoire de science-fiction pour le premier numéro de Mystery in Space.

Mais pour Frank, obtenir sa propre bande dessinée syndiquée était le graal, son objectif ultime. S’il réussissait, il pouvait devenir riche, comme l’avaient fait des dessinateurs de BD avant lui. Pendant cette période il fit une tentative de créer une bande dessinée de style Tarzan, Tiga, qui mettait en scène un homme fort aux cheveux longs et son bel acolyte exotique s’aventurant dans un paysage de science-fiction post-apocalyptique. Cela ne s’est pas vendu et fut un échec pour lui. L’année 1952 a été une année marquante pour Frazetta car on lui a offert son propre comics, longtemps le rêve de beaucoup d’artistes, et Frank n’avait que 24 ans à l’époque. Le comics se nommait Johnny Comet, et il narrait les aventures d’un pilote de course.  Bien que magnifiquement dessinée et pleine d’action, la bande dessinée n’a pas été un succès.

L’illustrateur indépendant

À la fin de l’année 1955 et jusqu’en 1962, Frank cesse de dessiner des bandes dessinées et se concentre sur son travail pour Al Capp en écrivant au crayon la page du dimanche et parfois les comics quotidiens, et en allant parfois à Boston pour aider Capp dans son atelier, en dessinant des illustrations promotionnelles pour des publicités. Agacé par le manque de reconnaissance, il démissionnera mais se retrouvera dans une position pour le moins fragile. En effet, désormais sans emplois, à une époque où le monde du comics a bien changé, il est compliqué pour lui de rebondir sur de nouveaux projets. Il travaillera sur des petits projets ca et là, s’asseyant sur son égo, persuadé que la roue finirait par tourner. Et ce fut le cas en 1963, lorsque son ami Roy Krenkel lui demandera de réaliser de nombreuses couvertures pour les livres d’Edgar Rice Burroughs pour Ace Books.

Même si l’éditeur d’Ace Books d’alors, Don Wolheim, n’était pas convaincu de prime abord, les ventes des livres illustrés par Frazetta vont se vendre comme des petits pains, le rendant presque indispensable pour la suite de la maison d’édition. Il travaillera durant deux années sur ces projets, réalisant pas moins de 23 couvertures, toutes cultes aujourd’hui. Mais il finira par démissionner, sa paie devenant presque ridicule et surtout, il n’avait aucun droit sur ses créations et ne pouvait les récupérer après leur réalisation.

Malgré cela, la carrière de Frank Frazetta allait enfin exploser car il venait de se faire une place de choix dans le paysage de la Fantasy. C’est durant la deuxième moitié des années 1960 que l’artiste de New York va réaliser ses illustrations les plus célèbres. Il travaillera notamment pour différents éditeurs, Creepy, Eerie, et Blazing Combat, pour lesquels il va réaliser de nombreuses couvertures de livres. Les plus marquantes sont sans aucun doute la série de 8 couvertures pour Vampirella. Même si ces éditeurs ne pouvaient pas le payer autant que ce qu’il souhaitait, il disposait toutefois d’une liberté artistique complète.

Mais c’est sans contexte son travail pour Lancer Books qui va rester dans les mémoires comme le style Frazetta. Il va en effet pouvoir créer huit illustrations sur Conan le Barbare de Robert E. Howard. Ces oeuvres vont permettre notamment à Conan de se vendre par millions, et également de vendre des milliers d’affiches créées à partir du travail de Frazetta. Il fera ensuite de nombreuses affiches de films pour des films comme The Gauntlet de Client Eastwood, quatre illustrations pour Battlestar Galactica et j’en passe.

Un héritage incomparable

En 2003, Frazetta a fait l’objet d’un documentaire complet, « Painting with Fire« , qui comportait des entretiens avec un grand nombre de ses amis et collègues. C’était un hommage approprié à une carrière importante. Toutes les œuvres de Frazetta incarnent une qualité qui vous fait sentir comme si vous entriez dans un monde imaginaire que vos rêves les plus fous n’oseraient explorer. Lorsque j’étais adolescent, je me rends désormais compte que je m’extasiais déjà devant ses créations, sans avoir la moindre idée de qui était dérrière. Et ce sont ces images qui ont commencé à forger mon imaginaire. Lorsque je repense à l’adaptation de John Carter par Disney, je ne peux que voir les inspirations de Frazetta dans de nombreux décors et concepts art du film.

Pendant plus de 50 ans, Frazetta a dominé le monde de l’art avec ses images de guerriers féroces, de princesses voluptueuses, et de créatures fantastiques dans les paysages les plus somptueux. Son impact sur les mondes de l’art et du cinéma fantastiques a été sans précédent, et on peut le voir encore aujourd’hui dans la trilogie du Seigneur des Anneaux et d’autres films fantastiques épiques. Étonnamment, il y est parvenu alors qu’il était sur le point de mourir à cause d’une affection thyroïdienne mal diagnostiquée qui l’a empêché de peindre pendant une décennie. Après quelques ajustements à sa médication, Frazetta est retourné au travail et a produit une nouvelle série : « Death Dealer » qui montrait que le maître était toujours en pleine possession de ses pouvoirs considérables.

Il avait quelques tableaux inachevés dans son studio au moment de sa mort, ce qui montre qu’il a travaillé presque jusqu’à la fin. C’est cet esprit féroce, associé à son imagination sans limite et à son talent étonnant qui a fait de Frank Frazetta le parrain de l’art fantastique. Aujourd’hui encore, une dizaine d’années après sa mort, son travail continue d’enthousiasmer et d’étonner de nouveaux fans, et il n’est pas rare de voir des artistes du cinéma, du jeu vidéo ou de la bande-dessiné se réclamer de son influence.

J.D.

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Julien Djoubri

Julien a été bercé par la Pop-Culture et par l'art dès son enfance. Il adore partager son amour débordant pour tout ce qui touche à l'illustration, aux comics, films et autre étrangetés. Et quand il n'est pas occupé à découvrir de nouveaux univers imaginaires, il essaie de créer les siens en écrivant.

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