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Interview | Jean Bodoc : du carton et des stormtroopers

Interview | Jean Bodoc : du carton et des stormtroopers

L’Empire de Carton

Depuis quelque temps déjà, le projet complètement fou de l’artiste français Jean Bodoc fait parler de lui sur les réseaux sociaux. Et pour cause : le sculpteur a comme ambition de construire un tie-fighter, vaisseau iconique de Star Wars, en n’utilisant que du carton ! Un projet de passionné pour la saga, mais aussi un projet de sculpteur professionnel. Il s’agit en effet d’utiliser toute son expérience et son talent de sculpteur pour recréer un vaisseau quasi à l’identique de l’original. Un travail de titan, basé sur des archives probablement volées à l’Empire lors d’une mission secrète. Jean a gentiment accepté de répondre à quelques questions, sans même que ayons eu besoin d’un droïd interrogateur !

Suivez son projet ici : 

Site : https://starwars.jeanbodoc.com 
Instagram : https://www.instagram.com/jeanbodoc/

1/ Peux-tu nous parler un peu de toi, ton parcours et de qui tu es ? 

Mon nom est Jean Bodoc, je suis un sculpteur qui travaille à partir de diverses matières, surtout abandonnées. Mon dernier défi est de créer un vaisseau spatial à partir de carton récupéré !

On me compare souvent à une éclipse, ce qui n’est pas uniquement dû à l’effet de mes lunettes. Mes proches me disent que j’ai cette tendance à projeter une lumière étrange sur les choses, ce qui ouvrirait de nouveaux pans de réalité. Je dois bien avouer que me sentir enfermé dans une seule dimension m’est difficilement supportable.

Il m’est difficile de donner un détail précis de mon parcours, les récits sont un peu confus : il y a des histoires de modélisme papier lorsque j’étais petit, des peintures et dessins en autodidacte, puis un trajet de graphiste. D’autres sources parlent également d’un gars ingénieur le jour, maquettiste pour un journal la nuit, voire développeur à midi. Je crois qu’il y a aussi une étrange histoire de cavalerie. Tout le monde est invité à en créer le récit !

D’ailleurs, tenez : le temps de cet entretien, je vous invite à enfiler mes binocles. Ne vous fiez pas aux apparences, on voit justement très bien avec !

 

 

2/ La sculpture sur carton, ça fait longtemps ? Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans cette « spécialité » ?

J’ai passé un certain temps à sillonner l’espace. Ce que je peux dire, c’est que là où se trouve une forme de vie intelligente mais qui a fini par se détacher de son milieu naturel, ça crée toujours des déchets – BEAUCOUP de déchets. J’ai ainsi croisé de véritables poubelles galactiques générées par ces Républiques qui se disent toujours plus civilisées, mais en réalité toujours plus isolées au niveau social et environnemental.

Alors que je longeais ainsi une de ces déchetteries célestes, j’ai été saisi : il y avait un grand besoin de réintégrer cette matière, de la réutiliser et la magnifier. C’est comme une partie de réalité que ces Républiques ne veulent pas voir, dont elles ne veulent pas s’occuper – j’ai ressenti le besoin de tordre cette réalité !

J’ai alors commencé à collecter cette matière abandonnée. D’abord le papier et différentes sortes de métaux d’où sont sorties plusieurs créations sous forme de miniatures. Ce projet est le premier qui utilise du carton et cela m’a permis de changer complètement d’échelle.

 

 

3/ Et donc on arrive sur le projet Star Wars qui cartonne sur les réseaux sociaux. On veut tout savoir ! D’où t’es venue cette idée ?

En vérité, ça n’est pas du tout mon idée ! J’errais ici ou là dans des recoins obscurs, très obscurs de différents réseaux dématérialisés, attentif à ce qui pouvait bien surgir.

A la suite d’un bruit de couloir spatial, je fis escale dans un bar prétendument détenu par l’Empire. Je m’apprêtais à commander lorsqu’une voix métallique me dépassa et exigea un cocktail “Dark Side of the Mule”. Un frisson me parcourut – Dark Vador était là !

Ce soir-là, il défia l’ensemble de l’univers : créer un artefact physique à partir du côté obscur de la Force ! Un brouhaha monta d’un seul coup et je fus comme entraîné dans une autre dimension. Par mes binocles ! L’instant d’après, je retrouvais conscience, mais sur les épaules d’un grand wookiee, dans le silence le plus total. Et le barman impérial de lancer: “Eh bien, Bodoc ! Le vaisseau de Dark Vador, en voilà une bonne !”

 

 

4/ Ou travailles-tu, tu as un atelier ? Comment organises-tu tes journées ? 

Oui, maintenant j’ai un très grand atelier ! Mais ça n’a pas toujours été le cas : j’ai commencé dans un petit atelier à Alfortville qui était très bien, mais c’est que je commençais un peu à empiler les idées. Alors je me suis dit que je voulais un peu plus d’espace. J’ai ouvert la porte du petit atelier et j’ai dit : ça sera également mon atelier. Mais à nouveau, l’espace manquait rapidement, alors à chaque fois j’ai ouvert la porte et ce qu’il y avait derrière est devenu l’atelier.

Avec le vaisseau de Vador, j’avais besoin d’encore plus de place – pour stocker le carton, pour accueillir l’équipe et pour monter l’ensemble. C’est tout un hangar qu’il me fallait ! Alors j’ai ouvert plusieurs portes supplémentaires et me voilà avec le grand atelier.

 

 

5/ La pièce est-elle terminée ? Est-ce qu’un projet pareil peut se terminer d’ailleurs ?

La petite bande est encore et toujours sur le pont : à l’heure où mes réponses sont enregistrées, ça grouille de partout dans le hangar, ici poussent de nouvelles collines de chutes, là il y a les chorégraphies qui se jouent inlassablement pour réaliser les assemblages et les ajustages de tout un tas de pièces.

L’objectif initial était fixé à fin décembre, mais voilà, on a eu quelques démêlés après une invasion de souris rebelles. Il y avait un risque important que cela jette une ombre sur nos chères fêtes de fin d’année, pour l’instant on garde le secret auprès de Vador !

On communique régulièrement sur les avancées, on vous invite à jeter un œil au site ! D’autant plus qu’il y a quelques autres pièces qui gravitent autour de la construction du vaisseau : des shootings savamment orchestrés, du Vador en personne, des épisodes toujours plus épiques à lire, sans oublier les time-lapses Bodoc-leakés au fur et à mesure jusqu’au montage final.

Bon, mais l’aventure est-elle pour autant terminée ?

Il y aura peut-être des demandes pour quelques options supplémentaires, des Jawa disco-lights par-ci ou un Ewok’n’sleep par-là, mais le fait est que l’atelier semble vouloir déborder et que quelqu’un a vraisemblablement ouvert une nouvelle porte…Je peux donc d’ores et déjà dire que ça va cartonner encore un peu plus, et je vois bien cela avec différentes nuances de papier et de métal !

 

 

6/ On est vraiment dans la minutie et le souci du détail, quelles sont tes sources pour être autant précis ?

Les sources, c’est toute une histoire à part entière ! Définir les mesures du vaisseau relève d’une quête qui nous fait voyager à travers la littérature et les dimensions. Je peux même vous dire que tout un champ de recherche existe sur le sujet, mettant à jour de nombreux paradoxes – à ce jour, il n’y a malheureusement pas de consensus.

Vu le défi accepté, il était inenvisageable de rester bloqué sur un souci d’échelle et ce fut même le départ de l’aventure. Armé d’une maquette Bandaï et d’un manuel Haynes dédié, j’ai tracé mon propre chemin tout en m’autorisant quelques déviations.

On se retrouve ensuite empêtré dans le labyrinthe des échelles et mesures. J’ai pu me procurer un droïd spécialisé qui a pu compiler les mesures et les réadapter – le pauvre, ça lui a valu quelques surchauffes par moment ! D’autant plus qu’il était programmé en dur pour sortir des plans au millimètre. J’ai pris quelques libertés par rapport à tout ça : ce qui compte c’est ce qu’en disent mes binocles.

 

 

7/ Pourquoi un vaisseau Star Wars ? Quelle est ta relation intime avec la saga ? 

Comme je te l’ai dit, tout s’est passé très vite, hors de mon contrôle ! Ce moment de déconnexion apparent cache probablement le mouvement qui est allé chercher dans la saga pour en retirer le vaisseau. Après tout, qui n’est pas familier avec Star Wars ? Même sans être un fan absolu, ces personnages et ces vaisseaux, ces planètes et galaxies, cette mystérieuse Force et son côté obscur – ne trouvent-ils pas un écho en nous ?

Pour aller plus loin, et c’est partagé avec le reste de la Bande, le véritable lien avec cette Saga a été soit trouvé, soit renouvelé par le travail autour de la construction du TIE Fighter. A dire vrai, l’atelier a même fini par s’ouvrir sur l’univers Star Wars, devenant ainsi une petite étoile dans ce ciel déjà bien rempli par tous ceux qui ont fait de même.

La partie lumineuse de mon âme s’électrise à l’idée qu’en vous embarquant avec nous, en laissant votre propre imaginaire prendre les manettes, vous en repoussez vous-mêmes un peu plus les confins !

8/ Pourquoi ce vaisseau en particulier parmi les centaines d’autres qu’on peut voir dans la saga ?

Oui, il aurait pu y en avoir tant d’autres ! Mais voyez-vous, il fallait ensuite pouvoir m’expliquer auprès de Vador:

“Attends, je vais te faire le TIE Fighter normal, tu sais le tout basique sans wookiee-toaster, celui avec le stormtroopers qu’ils ont peint en noir pour en faire un pilote.”

 

 

9/ Peux-tu nous raconter une session type dans ton atelier pour avancer sur le vaisseau? Comment tu t’organises, comment tu planifies ce sur quoi tu vas avancer ?

Le mieux, ça reste d’ouvrir la porte de l’atelier et d’observer !

Je m’occupe pour ma part de toute la conception, les découpes de l’armature, celles considérées comme plus sensibles et l’assemblage avec ses ajustements. En parallèle, j’orchestre toute une équipe – la fameuse Bande à Bodoc. Nombreuse, elle est répartie sur des postes stratégiques.

J’ai des aides ponctuelles pour les travaux plus répétitifs: ainsi ces land-cutters qui opèrent les découpes à la chaîne à partir de patrons, les glue-gunners qui collent à tout va à coups de “bzliiit” caractéristiques, puis les riveteurs, les soudeurs, les perceurs, et cetera. On avance pièce par pièce avant de tester la compatibilité des sous-ensembles.

L’atelier, c’est une vaste lande de carton, des dunes qui tapissent le sol, avec ses éboulements permanents. Le danger est qu’il ne devienne un ennemi intérieur ! On doit déployer des efforts répétés pour contenir tout cela et également gérer toute la logistique d’entrée et sortie de matière, en toute sécurité.

Nous sachant surveillés par les Rebelles, l’Empire a aussi envoyé des renforts pour assurer la protection des points stratégiques du hangar : les stocks de colle, garages à land-cutters et j’en passe.

Sans oublier l’équipe média qui est mobilisée en permanence pour capturer toutes les impressions qui traversent cet endroit avec des photos, vidéos et textes.

Partie intégrante d’une session de travail, à la fois pour motiver les troupes et couvrir le raffut ambiant, on a installé des baffles impériales d’où sort une musique à faire pâlir de côté obscur de la Force !

 

 

10/ Que vas-tu faire de ce vaisseau une fois terminé ?

Eh bien dès qu’il est terminé on embarque, on met son harnais et tout droit chez Vador !

Bon après, j’ai quelques demandes par-ci par-là, alors j’ai prévu des petits détours, ça se transformera peut-être en tournée pour l’an prochain. Vous pourrez suivre mes aventures sur la toile, c’est promis.

Ah ! Et ce sera pour moi l’occasion de participer à la Decauville Intergalactic Fair, non loin de Voisins-le-Bretonneux dans les Yvelines. Pour tous les intéressés, il faudra bien s’assurer d’avoir réservé l’emplacement pour son vaisseau, les places sont chères !

 

11/ en tout et pour tout, on est sur combien d’heures de travail sur cette pièce ? 

En projeté, on est aux alentours de 23B4A0 hexa-secondes. Ou 1010001010 bina-heures, je suis un peu perdu dans les systèmes. Ça correspond à environ 4 mois sur Terre.

 

 

12/ A part Star Wars, quel est votre rapport à la pop culture, entre hier et aujourd’hui ?

On pourrait voir la pop culture comme des galaxies qui nous envoient leurs lumières, leurs ondes. Pour celles du passé qui sont toujours capables d’émettre, on peut ressentir une émotion sans cesse renouvelée. Celles d’aujourd’hui exercent une influence dont nous ne pouvons nous soustraire. Toutes nous traversent, nous habitent, formant un immense espace commun qui nous relie en grand nombre.

Quel est cet espace ? N’y a t-il pas quelque mystère ? Pour Bodoc, c’est toujours ainsi que commence l’aventure !

Malgré la maladie marchande et accumulative qui frappe la pop culture, on peut ressentir cet appel à venir investir son continent ! En face du sentiment d’exil et de passivité, il y a l’invitation à la réécrire et à l’étendre, à changer notre regard et se placer sous des angles nouveaux.

Il ne s’agit pas d’une simple visite de l’imaginaire : lorsque l’on rentre du voyage, quelque chose a changé.

 

 

… Hep là, bah alors ? Et mes lunettes ? Il est temps de me rendre cette paire – mais pour autant, je vous invite à faire les vôtres: la forme, les matériaux, la couleur que vous voulez. Faites-en plusieurs paires si vous êtes indécis.e. Mais surtout faites-les vôtres !

En bref: 

Ton film préféré ?

La Menace Fantômas

Ton livre préféré ?

La Course Aux Moutons Flingueurs

On aime quand Murakami ventile du bizarre sur son histoire façon puzzle !

Ton comics/bd/manga préféré ?

Blake et Mortimer : Les 3 Binocles Du Professeur Bodoc

Ton jeu vidéo préféré ?

Silent Hill: The Return.

Du Cooper, du café et du Bob pyramidal !

Crédit Photos Julie Lefort

Thomas Olivri

Thomas Olivri est le créateur de Geek-Art.net, le curateur du Geek-Art Store, et auteur de livres sur la pop culture et l'art inspiré par les cultures de l'imaginaire.Thomas Olivri is the funder of Geek-Art.net, curator of the Geek-Art Store, and the author of books dedicated to art and pop culture

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