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Interview | Tomas Hijo : de Gandalf à del Toro

Interview | Tomas Hijo : de Gandalf à del Toro

Fantastique espagnol

A Geek-Art, nous avons eu un véritable coup de coeur pour le travail de l’artiste espagnol Tomas Hijo, dont nous vous parlions dans un article précédent. Nous avons voulu en savoir plus sur lui et son univers, et nous l’avons contacté pour lui poser quelques questions, auxquelles il a gentiment répondu. Entre Hellboy, moyen-âge et linogravure, cet artiste génial nous a autant passionné par ses histoires que par ses oeuvres ! 

Bonjour ! Je m’appelle Tomás Hijo. D’après mon profil sur les réseaux sociaux, je suis un illustrateur et un imprimeur de Salamanque, en Espagne. Ce qui est totalement vrai. Mais je suis aussi accessoirement professeur d’illustration, et parfois également un auteur. Ça fait beaucoup de choses, je sais !

 

2/ Peux-tu nous raconter ton parcours scolaire et professionnel ?

A part quelques courts d’art plutôt ennuyeux impliquant des bustes en plâtre que j’ai rapidement quittés, je n’ai jamais eu d’éducation artistique scolaire à proprement parler. J’ai étudié un truc qui s’appelait « science des communications » à l’université. Une espèce de journalisme survitaminé, un cursus qui impliquait des cours de sociologie, d’anthropologie, de droit, de politique, et même de théologie et de finances. Ça ne me plaisait pas beaucoup, et je trainais pas mal avec une bande de gars de l’école d’Arts voisine. Ils étaient cool et talentueux, et je participais à chaque projet d’illustration que leurs profs leur donnaient. Au final j’ai attiré l’attention d’un de leurs professeurs, qui était directeur artistique au sein d’une grande maison d’édition espagnole. Il a repéré mon travail et m’a encouragé à continuer dans cette voie, voir  même à enseigner. Et c’est ce que j’ai fait !

 

 

3/ Qu’est-ce qui t’as donné l’envie de devenir artiste ? 

Je ne pense pas être de ceux qui sont « nés pour être artiste ». En fait, durant mon adolescence, j’aimais plus écrire que dessiner, et c’est la raison pour laquelle je me suis lancé dans des études de communication / journalisme. J’ai toujours dessiné pour le plaisir, mais ce n’est qu’à partir du moment où je le suis mis à traîner avec mes amis de l’école d’art que j’ai commencé à me dire que l’illustration pouvait être un choix de carrière valable pour moi. A la fin de mes études universitaires, j’ai essayé de me lancer dans l’illustration, et j’ai été commissionné pour illustrer un livre assez rapidement. C’était assez bien payé à l’époque, et cette commission en a entrainé d’autres et ainsi de suite. J’ai continué à mettre en avant mon travail, à illustrer des livres, à travailler tous les jours pour m’améliorer, et à tenter de répondre toujours mieux à ce que les éditeurs attendaient de moi. 

 

 

4/ Pourquoi avoir décidé de se spécialiser dans la linogravure ? Et comment l’imagerie du Moyen-Age t’as influencé au point de te lancer à corps perdu dans ce style si atypique de nos jours ? 

Le moyen-âge a toujours été ma période de l’histoire favorite, tout comme les processus d’impression en générale à travers le temps, et le chapbook (note : je ne connaissais pas du tout le terme « chapbook », que Wikipedia explique en ces mots : « Le chapbook est un terme anglais générique désignant une forme primitive de littérature de diffusion populaire, constituée d’imprimés sur papier bon marché, dont la commercialisation et la diffusion s’étend du xvie siècle à la seconde moitié du xixe siècle. Il est difficile d’en fournir une définition précise »). Il y a de cela cinq ou six ans, j’ai connu un bel échec en tant qu’auto-éditeur sur un livre pour enfant. Cet échec s’est ajouté à ma lassitude de travailler ce créneau d’illustration, ajouté à un ras-le-bol progressif du tout digital. Du coup j’ai décidé d’emprunter un nouveau chemin, et de faire quelque chose qui me passionnait vraiment. Mon choix s’est tout de suite porté sur des univers qui me parlaient depuis toujours : ceux de Tolkien et de Lovecraft. J’ai commencé par la Terre du Milieu, qui se prétait particulièrement bien au style illustratif médiéval que je voulais explorer. J’ai commencé par la carte à gratter, puis mes étudiants m’ont incité à tenter l’impression « à l’ancienne ». Grâce à mes collègues de l’université, j’ai pu expérimenter plusieurs techniques d’impression : je suis tombé amoureux de la linogravure dès mon premier essai !

 

 

5/ Quelles sont tes sources d’inspiration artistiques, dans ton travail et ta vie de tous les jours ? 

Mon inspiration vient de nombreux peintres classiques (Brueghels, Bosh, et de nombreux peintres et sculpteurs anonymes de la même époque), mais également de grands imprimeurs d’Europe de l’Est (Zdenek Mezl étant mon favori) et beaucoup d’illustrateurs contemporains. Même si son style est éloigné du mien, j’ai toujours été énormément influencé par le travail de Mike Mignola, mon artiste favori, dans le domaine de l’illustration évidemment, mais également celui de storyteller et de créateur d’univers. Les travaux de John Howe, Alan Lee, et Brian Froud sont des références absolues pour moi dans l’univers de la fantasy. Enfin, je garde toujours l’oeil ouvert sur le monde de l’animation, avec notamment des concepts designers comme Nico Marlet, Carter Goodrich ou Peter de Sève. Malgré mon amour pour le moyen-âge, j’ai un besoin constant de puiser mon inspiration parmi ce genre d’illustrateurs, passés maîtres dans l’art de donner de la vie à leurs personnages. 

 

 

6/ Quelle est l’oeuvre dont tu es le plus fier, et pourquoi ? 

Je dirais ma dernière production : le Tarot de del Toro. Pour plusieurs raisons : tout d’abord ce projet est, de loin, le meilleur ! Mais c’est aussi le plus important et le plus ambitieux que j’ai jamais monté, avec de nombreux problèmes à surmonter. Et je pense que je les ai surmontés avec succès, ce qui me rend d’autant plus fier. Mais, surtout, je l’ai créé en étroite collaboration avec Guillermo del Toro, un maître dont j’ai toujours admiré le travail, et avec qui j’ai toujours rêvé de collaborer. Je me souviens avoir dessiné une petite série de monstres lovecraftiens à l’époque où son nom avait été mis en avant pour le projet d’adaptation au cinéma des « Montagnes Hallucinées ». J’avais un ami, qui avait un ami, qui connaissait quelqu’un qui connaissait un type dans l’entourage de Guillermo… Je voulais les lui faire parvenir mais les dessins s’étaient perdus quelque part au milieu de cette chaine. Mais quelques années plus tard, Guillermo me contactait via Twitter, quand j’ai commencé à communiquer sur mon projet « Nictonomicon », que j’essayais de faire financer sur Kickstarter ! 

 

7/ Quelle est ta relation avec la pop culture en général, de quelle manière es-tu « tombé dedans » ? Que penses-tu d’elle, en 2020 ?

J’achète et je dévore beaucoup de choses différentes, du cinéma aux séries TV, des livres aux comics en passant par les jeux vidéo. Jai tendance à passer d’un sujet à un autre assez rapidement, et de passer d’un media à un autres suivant mon envie du moment. J’ai aussi la chance d’avoir eu l’opportunité de travailler sur quasiment tous ces supports (exception faite des jeux vidéo), et j’aime autant les uns que les autres.

8/ Quel serait le projet de tes rêves, la licence officielle sur laquelle tu aimerais le plus travailler ? 

Laisse moi réfléchir… Guillermo del Toro ? Check ! Le Seigneur des Anneaux ? Check, j’ai eu le privilège récemment de collaborer avec John Howe. Il me reste Hellboy et tout ce qui concerne le travail de Susanna Clarke. 

 

 

9/ Peux-tu nous en dire plus sur ta technique, ta manière de travailler ? Pour quelle raison as-tu fais le choix de passer aux outils traditionnels versus les outils numériques ? 

Pour faire simple, je grave une plaque de lino avec une variété de gouges de tailles différentes. Après avoir dessiné au crayon sur le lino, j’enlève les blancs à l’aide de ces gouges, pour faire en sorte par la suite que l’encre ne se dépose que sur les parties non retirées, soit les traits de mon dessin. Une fois ce « tampon » sculpté, je passe de l’encre dessus à l’aide d’un rouleau, et je le presse sur un papier de qualité musée : le papier pressé sur la plaque conserve ainsi l’empreinte de l’encre, soit le dessin ! Une fois ce dernier « imprimé » sur du papier, je peux ensuite le coloriser à l’aquarelle lorsqu’il s’agit d’une commission pour une pièce unique. 

Je n’ai pas abandonné les techniques digitales, je les utilise principalement durant la phase de croquis, surtout pour les designs les plus complexes. Je colore aussi parfois les illustrations à l’ordinateur quand je dois imprimer des tirages papier à grande échelle comme ces posters.

 

 

 

10/ Tu as sorti, il y a peu de temps, un incroyable tarot basé sur le travail de Guillermo del Torro, pourrais-tu nous raconter l’origine de ce projet ?

Bien sur ! Comme je l’ai déjà dit, j’ai été contacté par del Toro au moment du lancement Kickstarter de ma campagne sur les illustrations des monstres de Lovecraft. Il m’a vraiment mis en avant, et ses retweets ont été d’une aide précieuse pour le financement du KS. Il connaissait déjà mont travail, à travers quelques expo « hommage à » auxquelles j’avais participé pour des galeries de Los Angeles. On m’avait dit que Guillermo avait adoré mon travail et s’était offert quelques unes de mes pièces, ça m’avait fait tellement plaisir ! Mais le meilleur était encore à venir. Il m’a fait travailler un peu plus tard sur des commissions privées sur des thèmes qu’il avait envie me voire traiter. Au moment de lui envoyer les tirages, il m’a tout simplement proposé de prendre un café à Paris, pour une « remise en main propre », à l’époque où il habitait là-bas. On a mangé des sushi et parlé d’un million de trucs : Disney, Bunuel, Bernie Wrightson, Mignola, Svankmajer, Lovercaft, Yi Jing… Et tarot.  L’idée d’un projet de carte a lentement muri dans mon esprit immédiatement, et je lui en ai parlé entre deux sashimis ! Et il a aimé. A mon retour en Espagne, j’ai commencé par réfléchir aux personnages de ses films qui pouvaient matcher avec les figures du tarot. Par la suite, il valida le projet, et on créa la liste à quatre mains. Il a contacté un éditeur, et les choses ont avancées comme par magie. Au début, je pensais créer un « simple » jeu d’arcanes majeures, mais l’éditeur voulait un jeu complet, et un livret, et ce petit projet s’est rapidement transformé en une montagne de travail. Mais un travail absolument passionnant, rien que pour le bonheur de me replonger dans toute la filmographie de Guillermo, et pour avoir l’opportunité de travailler sur ses incroyables personnages et créatures. 

 

 

 

11/ Quels sont tes projets dans un futur proche ? 

Je suis en train de travailler sur un nouveau jeu de tarot, sur un autre univers qui a marqué considérablement mon imagination étant enfant… Mais je ne peux pas en dire plus pour le moment !

 

12/ tu as une boutique en ligne ? 

Oui ! Vous pouvez vous rendre sur www.tomashijo.com ! C’est quelque chose que j’ai fini par monter après plusieurs encouragements sur Facebook. J’ai commencé à vendre quelques pièces, puis j’ai travaillé sur des commissions privées, et je suis content de la manière dont cela avance !

 

13/ As-tu des conseils pour les jeunes artistes en devenir, qui liront ces lignes ?

Travaillez les bases. Travaillez dur et régulièrement. Mettez en avant votre travail. Dessinez, dessinez, dessinez. Et ne restez pas dans votre zone de confort. Etudiez les maîtres qui nous ont précédés. Arrêtez d’acheter des méthodes du genre « les 12 expressions de héros de manga incontournables » ou « comment dessiner des superhéros bodybuildés pour toujours ». Ne laissez pas tomber. 

 

 

QUESTIONS EXPRESS !

Ton livre favori ? 

Impossible de répondre à ça. Du coup je dirais le dernier que j’ai lu : « Jonathan Strange and Mr. Norrell”, de Susanna Clarke. Mais “Le Seigneur des Anneaux ».  Evidemment. Et par dessus tout, l’écrivain espagnol Álvaro Cunqueiro.

Ton film favori ?

Impossible de répondre à ça. Encore. « Nightmare before Christmas »? “Haxan »? « Pulp Fiction”? “Alien”? “Aliens”?

Ton jeu vidéo favori ? 

« La abadía del crimen » : un jeu vidéo 8 bit espagnol inspiré par « Le Nom de la Rose ». Tout ce que fait Naughty Dog. Et Broforce !

Ton comics favori ?

Ah, ça je peux répondre. Hellboy. Point. 

 

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Thomas Olivri

Thomas Olivri est le créateur de Geek-Art.net, le curateur du Geek-Art Store, et auteur de livres sur la pop culture et l'art inspiré par les cultures de l'imaginaire.Thomas Olivri is the funder of Geek-Art.net, curator of the Geek-Art Store, and the author of books dedicated to art and pop culture

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