fr en
L’art (pas si) gothique de John Blanche

L’art (pas si) gothique de John Blanche

Longue vie au Roi

Dans les ténèbres d’un lointain futur ou dans les Royaumes Mortels, il n’y a pas de nom plus connu que celui de John Blanche. Avec plus de quarante ans de service pour les mondes de Warhammer, l’artiste que la société Games Workshop présente avec amusement comme son « visionnaire en chef » a inspiré des milliers de figurinistes et d’artistes à travers le monde.

Pour John, tout a démarré à l’âge de trois ans, quand les siens l’ont félicité pour le dessin innocent mais réussi d’une cérémonie de mariage. Enfant de la classe ouvrière, John grandira en rêvant d’être artiste, une ambition nourrie par son amour pour les figurines. A huit ans, il peint ses premiers soldats de plomb, un petit groupe de chevaliers resplendissants. Nous sommes encore loin des mondes cauchemardesques de Warhammer, mais le petit John est déjà tombé dans la marmite. Donc il continue de peindre, sur son chevalet comme sur ses figurines. Contrairement à la plupart d’entre-nous, il ne s’arrête pas, jamais, pas même pendant ses années d’étudiant. Diplômé des Beaux Arts, John Blanche est déjà respecté pour son romantisme, mais ses enseignants pensent qu’il ne gagnera jamais sa vie avec un son art. Il ne semble pas inquiet, pourtant. Il parvient à décrocher un premier boulot dans un musée, où il passe son temps à travailler sur des peintures toujours plus vastes. Des châteaux étranges, des batailles massives, ce genre de choses.

En 1976, il est désormais artiste freelance, et assez chanceux pour rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Quand Ian Livingstone et Steve Jackson ouvrent leur premier magasin Games Workshop, ils lui commandant quelques dessins. Ils se retrouvent bientôt en couverture de White Dwarf, le magazine officiel de Games Workshop. C’est une longue collaboration qui commence, et qui se poursuit encore aujourd’hui, même si John Blanche a changé de poste au fil des ans. Pour les mondes de Warhammer, il a été un illustrateur et un concept artist. Il a même pris la tête de la direction artistique de ces univers pendant plusieurs années. C’est sous son règne que nous avons pu découvrir des noms désormais bien connus, comme Wayne England, Adrian Smith, Paul Bonner ou encore Dave Gallagher. Tous inspirés par sa vision, ils vont à leur tour donner vie aux mondes de Warhammer.

Mais de quelle vision parle-t-on, au juste ? Est-ce que « gothique » est le bon terme ? Oui et non, d’après le principal intéressé. Gothique est galvaudé. Gothique est cuisiné à toutes les sauces, de l’architecture victorienne aux figurines Warhammer. John préfère « baroque », un style connu pour ses excès en matière d’ornementations, un peu comme une armure de Space Marine ou le bouclier décoré d’un soldat combattant pour l’Empire. Cette exubérance est caractéristique du travail de Blanche, où la narration d’un tableau rencontre un coup de pinceau des plus punks. Un mélange unique, et pourtant inspiré des maîtres européens comme Rembrandt, Albrecht Dürer et Jérôme Bosch. Tout comme Blanche, ils sont connus pour n’utiliser que peu de bleu. A leur époque, bien sûr, cette couleur était rare, fugace, et difficile à capturer. Mais de nos jours, elle est partout, et John la trouve ennuyante. C’est sans doute pourquoi ses peintures sont pleines à craquer de bruns, de rouges et de jaunes, les teintes de la boue, du sang et des explosions. Les couleurs de la guerre, pour faire plus simple.

A soixante-douze ans, Blanche continue de donner un coup de main, de temps à autres, à Games Workshop. Vous pouvez même le voir à l’œuvre dans ces épisodes de Stormcast et Voxcast, les podcasts officiels de l’entreprise.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Quelques-uns des travaux les plus connus de John pour Warhammer

Ce diaporama nécessite JavaScript.

De la publicité, des couvertures et des peintures en tous genres

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Des concepts de John. Les fans les plus assidus reconnaîtront leurs figurines favorites

 

Blanchitsu

Pour John, l’art et la figurine ont toujours avancé main dans la main. Ses peintures ont inspiré les plus fameux kits de Warhammer, y compris les plus récents, comme le génial Belisarius Cawl, la première image de la galerie ci-dessus. Puis en temps voulu, ces kits ont été réinterprétés à la lumière de son style par des centaines de figurinistes à travers le monde. Ils partagent tous la même passion pour l’angle d’attaque hyper original de Blanche sur la SF et la Fantasy, où les personnages sont généralement couverts de bruns, étranges et plus important encore, brisés. Un peu comme Fagin, le vilain d’Oliver Twist. Comme Dickens, l’une de ses idoles, Blanche a toujours eu un talent pour créer de nouveaux archétypes. Ils sont explorés depuis août 1987 dans une rubrique de White Dwarf, Blanchitsu, qui elle aussi, a beaucoup bougé. Mais plus de trente ans après, ce nom est toujours une bannière sous laquelle les figurinistes se retrouvent pour développer des bandes de guerre infernales, des courts entières de zélotes, des suites inquisitoriales et d’autres créations fascinantes, qui ne pourraient pas être plus différentes de l’Heroic et de la Space Fantasy.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les figurines de John à travers les âges, dont des Space Marines du Chaos parus dans White Dwarf

Et le Grimdark, au fait ? 

Le « Grimdark » est un autre mot-valise qu’on emploie souvent pour décrire l’art de John Blanche. Il vient en fait de la réplique culte de Warhammer 40,000 que j’ai utilisée pour ouvrir cet article. Et pour sûr, elle saisit parfaitement l’imagerie terrifiante de cet univers. Mais quand on parle du style de Blanche, je pense que le mot, tout comme « gothique » ou même « baroque », est un peu réducteur. A mon sens, le travail de John Blanche a toujours été étrangement réaliste, la faute à ses imperfections. Jamais cachées, elles apportent de la vie à ses peintures. Tout comme leurs personnages, elles aussi sont brisées. Oui, la couleur bave, le trait est apparent, les détails sont infectieux, et oui, ça ne plaît pas à tout le monde. Mais si on accepte d’aller au-delà de cette première impression, on comprend vite que les flaques d’encre sont en fait des taches de naissance. On commence à voir les coups de pinceau et de crayon vigoureux comme des cicatrices. Et avant même de s’en rendre compte, on vient de passer des heures à observer, à la fois fascinés et dégoûtés, la même peinture. C’est cette facette très body horror de l’art de John Blanche qui à mon humble avis, fait de ces tableaux des œuvres aussi intrigantes qu’intemporelles.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Republ33k

Journaliste, auteur chez Third Editions, podcasteur chez Outrider ou Land Rider et nerd partout ailleurs, Republ33k tente de vivre de sa plume. En attendant, il aime partager sa passion dévorante pour l'imaginaire avec le monde entier !

Related Posts
3 Comments
  1. […] Lire l’article original […]

  2. […] Wars, parue chez Third Edition, nous sommes ravis de l’accueillir dans ses pages ! Après un article sur le génial John Blanche et sa contribution à l’esthétique du jeu Warhammer 40,000, il nous emmène cette fois faire […]

  3. […] Wars, parue chez Third Edition, nous sommes ravis de l’accueillir dans ses pages ! Après un article sur le génial John Blanche et sa contribution à l’esthétique du jeu Warhammer 40,000, il nous emmène cette fois faire […]

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.