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Les Créatures Oniriques de Stan Manoukian

Les Créatures Oniriques de Stan Manoukian

Le Fantastique Bestiaire de l’Imaginaire

par Julien Djoubri

L’imagination est quelque chose que j’ai toujours porté comme une valeur importante. La capacité de s’émerveiller de tout et de pouvoir créer des histoires ou des images à partir de la moindre source d’inspiration m’a toujours fasciné. Cette même imagination est ce qui m’a aussi conduit pendant longtemps à avoir peur du noir, des monstres se cachant sous mon lit ou dans les placards. D’ailleurs, si je suis vraiment honnête, je dois avouer avoir toujours cette frayeur enfouie en moi lorsque j’éteins la lumière le soir venu.

C’est sur cet univers que Stan Manoukian va choisir de travailler, développant tout son monde autour de créatures étranges. Parfois fantastiques, d’autre fois oniriques, ses monstres sont tous unique et nous apprennent à ne pas avoir peur d’eux, ou même du noir. Bien au contraire, les créations de cet artiste français nous enseignent comment vivre avec elles, comment les apprécier.

Les Débuts en bande-dessinée

Stan Manoukian est un artiste français qui a très vite été passionné par les mondes fantastiques et étranges. C’est dans les mondes créés par Jules Verne, Edgar Allan Poe et HP Lovecraft qu’il trouvera ses premières sources d’inspirations. De même, la science-fiction va également le conduire vers ce qui deviendra son propre style bien plus tard.

Grandissant dans les années 80, Stan sera également biberonné par les artistes cultes de Metal HurlantMoebius, Enki Bilal, Yves Chaland et Serge Clerc. Tout ces univers créatifs vont construire son imaginaire en lui donnant des bases plus que solide, inspirées par des maitres de la science-fiction.

Cette passion pour la science-fiction rétro et les films de monstres va le conduire logiquement à se diriger vers des études d’arts dont il sortira diplômé en 1988. C’est après cela qu’il deviendra progressivement dessinateur de bande dessinée, designer et storyboarder pour le cinéma, et c’est surtout à ce moment là qu’il va rencontrer son compère de toujours : Vincent Roucher. Ensemble, ils composeront le duo plus connu sous le nom de Stan & Vince et vont se lancer ensemble dans la bande dessinée. Ils vont scénariser et dessiner la série Vortex ou encore dessiner les Chronokids sur un scénario de Zep.

C’est à travers ces expériences dans le monde de la BD et du cinéma que Stan va développer son talent et mettre le doigt sur son univers. C’est notamment durant cette phase de sa carrière que cet artiste apprendra comment constituer une histoire, comment la raconter. De même, le monde audiovisuel aura été pour lui un moment pour apprendre à travailler sur des commandes. Vincent et lui vont ainsi bien souvent se retrouver à travailler sur différents éléments visuels : costumes, décors, créatures, maquillages… N’ayant pour indication que quelques références, c’est ainsi qu’il commencera tout doucement la création de ses premiers monstres. Il s’apercevra très rapidement qu’il adore ca et qu’il pourrait même aller encore plus loin en terme d’imagination.

Créer tous les jours pendant 1 an

L’année 2007 va être charnière pour Stan Manoukian. Il va soudainement se lancer un challenge et commencer à dessiner un monstre par jour pendant 1 an. L’idée pour lui était d’explorer un domaine jusqu’au fond, pour s’entrainer et voir ainsi comment il pouvait faire évoluer son style, son art. De ce défi va naitre le blog Diary of the Inhuman Species sur lequel il postera sans relâche un nouveau monstre tous les jours, pendant 3 ans !

Ankama publiera à la fin de cette aventure un livre du même nom où seront regroupés tous les monstres créés par l’artiste français. Fort de ce succès public, Stan va continuer à élaborer son propre univers et ses créatures. C’est le temps qui va devenir en quelque sorte un obstacle pour lui. L’artiste français va en effet vouloir plus de temps pour élaborer ses illustrations, pour pouvoir aller toujours plus loin.

Il va alors vraiment prendre son temps entre ses différentes productions pour élaborer l’histoire de ses protagonistes, leurs mondes, leurs décors. Stan va construire des univers de la même manière que lorsqu’il travaillait dans le cinéma, en abordant autant de sujets que sont les décors, les ombrages des créatures, leurs styles… Il va avoir vraiment le temps de faire des recherches et de piocher dans ses inspirations afin d’évoluer en tant qu’artiste.

Prenant ses inspirations dans des courants artistiques comme les gravures du XIXe siècle et la peinture romantique, Stan Manoukian va parvenir a assimiler ces différents styles pour créer sa propre patte graphique. On peut retrouver des inspirations comme Gustave Doré ou encore Franklin Booth pour leur travail à l’encre et le détail qu’ils arrivent à apporter à leurs oeuvres. Il est remarquable de trouver la même virtuosité chez Stan, cette capacité à inclure un nombre hallucinant d’éléments dans chacune de ses créations, le tout sans que cela paraisse illisible. On se retrouve simplement devant des illustrations semblant sortir tout droit du carnet d’un voyageur du XIXe siècle, s’étant perdu dans une contrée inconnue et ayant rencontrer ces différentes familles de monstres.

La consécration internationale

Ces trois années de créations pures vont être un tremplin fantastique pour Stan Manoukian qui va se voir reconnu à un niveau international. Tout ce travail va notamment lui permettre de se faire un nom et d’être repéré pour avoir sa première exposition en solo au sein de la galerie Strange Factory, à Albuquerque. Ce projet va être un vrai challenge pour lui, qui va alors commencer à réaliser des pièces de plus en plus importantes et commencer à être exposé aux quatre coins du Monde.

Cette reconnaissance internationale s’est traduite avec des expositions à New York (Heaven Gallery), San Fransisco (Spoke Art Gallery), Los Angeles (Nucleus Gallery), au Danemark (Artmind Gallery, Aarhus), au Japon (Shibuya Hikarie Museum, Tokyo), en Australie (Peanut Gallery, Adelaïde), en Italie (Dorothy Circus Gallery, Rome) et en France à la galerie Glénat. Cette visibilité internationale va lui permettre de toujours continuer d’améliorer son style et ses créations, allant de plus en plus loin dans la taille de ses illustrations.

Toute la virtuosité de Stan Manoukian repose également sur sa technique, qui nécessite une précision à couper le souffle et une patience sans fin. Il commence bien souvent par des croquis réalisé à la main, dans lesquels ils va surtout s’occuper de la composition globale de l’image. Le but pour lui au début n’est pas de s’attarder sur les détails mais plutôt sur les ombres, la lumière et l’ambiance globale. L’artiste attaque ensuite progressivement les créatures principales et secondaires de son oeuvres. Ce n’est qu’après ce croquis qu’il va le scanner pour l’imprimer à sa taille finale et le transférer à l’aide d’un crayon rouge tout en ajoutant les nombreux détails manquant sur son premier croquis. Vient ensuite la partie la plus longue : l’encrage. Que ce soit à la graphite, la pierre noire, le feutre ou bien encore l’acrylique, Stan utilise utilise toute sorte de technique pour arriver au résultat souhaité. Cette dernière étape peut bien souvent lui prendre des centaine d’heures à elle seule.

Toute cette incroyable technique est au service d’un esprit grouillant d’imagination. Lorsque l’on observe le travail de Stan Manoukian, j’ai l’impression d’avoir à faire à un artiste à la créativité sans fin, dépeignant de nouveaux décors, de nouvelles créatures à chaque nouvelle illustration. A croire qu’il est vraiment allé observer ces monstres dans leur habitat naturel…

C’est le genre d’univers créatif qui me plait plus que tout. Sans jamais vraiment nommer ces mondes et créatures, l’artiste français nous laisse en quelque sorte libre de toute interpretation quant à ce que nous observons. Libre à nous d’y trouver différentes inspirations ou références, Stan est simplement ici pour dresser l’un des bestiaires fantastiques les plus incroyables qu’il m’ait été donné de voir. Chaque nouvelle création m’emporte instantanément dans son univers et m’interroge sur la vie de ces créatures.

Si comme moi, vous êtes fan de cet artiste prolifique, la bonne nouvelle pour vous sera de savoir qu’il a déjà réalisé plusieurs livres, auto-publié ou non, qui regorge de ses créations. Les histoires qu’il y raconte sont d’une poésie rare et sont accompagnées d’illustrations à couper le souffle.

Stan Manoukian est un genre d’artiste rare. Le genre d’illustrateur qui représentait le Nouveau Monde bien des siècles auparavant ou qui imaginez des endroits et structures qui ne peuvent être, tel Piranesi et ses Prisons imaginaires. C’est un artiste qui me fait constamment voyager grace à ses monstres et son style si unique. C’est grace à lui que j’ose maintenant regarder sous mon lit avant de dormir, sans avoir peur, mais bien en étant curieux des créatures oniriques que je pourrais y trouver.

J.D.

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Julien Djoubri

Julien a été bercé par la Pop-Culture et par l'art dès son enfance. Il adore partager son amour débordant pour tout ce qui touche à l'illustration, aux comics, films et autre étrangetés. Et quand il n'est pas occupé à découvrir de nouveaux univers imaginaires, il essaie de créer les siens en écrivant.

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